19 septembre 2016

De l’usage des antibiotiques

Les antibiotiques, ce sont les toxines avec lesquelles les champignons et les bactéries ennemis se combattent les uns les autres. […] Depuis cette découverte, les entreprises pharmaceutiques pratiquent l’élevage intensif de bactéries. Dans des cuves de liquides, les bactéries croissent […]. Elles s’occupent de produire les antibiotiques, et nous nous […] d’en faire des comprimés.

C’est un produit qui marche bien […]. En Allemagne, une personne sur quatre suit un traitement antibiotique en moyenne une fois par an. La raison la plus souvent invoquée pour justifier une prise d’antibiotiques est “un rhume”. À ces mots, n’importe quel microbiologiste a les cheveux qui se dressent sur la tête. Car ce qui déclenche le plus couramment un rhume, ce ne sont pas des bactéries, mais des virus.

[…] En un mot comme en cent : les antibiotiques sont inefficaces contre la plupart des rhumes. Si on se sent mieux après, ça n’est dû qu’à l’effet placebo ou à notre système immunitaire qui travaille déjà d’arrache-pied. Le problème, c’est qu’en prenant des antibiotiques de manière inconsidérée, on tue aussi un grand nombre de bactéries utiles. Résultat : on se fait plus de mal que de bien.

Pour tirer les choses au clair, quand on se retrouve avec une maladie infectieuse mal identifiée, on peut demander au médecin de faire un dosage de la procalcitonine, […] qui permet de mettre en évidence l’origine bactérienne (ou au contraire virale) du rhume. En France, le test est remboursé par la Sécurité sociale. Cela vaut le coup d’y réfléchir, surtout quand le patient est un enfant. Si le recours aux antibiotiques est justifié, alors il ne faut pas s’en priver. […] les inconvénients seront certainement contrebalancés par les avantages. L’effet secondaire le plus courant, c’est […]une bonne diarrhée, […] une bonne grosse portion de bactéries intestinales mortes. […]

Les antibiotiques peuvent modifier profondément notre flore intestinale. [Leur] utilisation demande la plus grande prudence chez les jeunes enfants et les personnes âgées. En temps normal déjà, leur flore intestinale est beaucoup moins stable et, après le traitement, elle se remet bien plus difficilement. […] Comme en psychologie, la capacité d’un intestin à rebondir et à retrouver un équilibre stable après des événements traumatiques est appelée résilience.

Le souci, c’est que les antibiotiques tuent rarement toutes les bactéries. Ils tuent certaines communautés, en fonction de la toxine qu’ils utilisent. Et il y a toujours des bactéries qui survivent ou se transforment en combattants aguerris. Le jour où l’on tombe malade, ce sont ces superguerriers qui vont poser problème : plus ils ont développé de résistance, et plus il nous sera difficile de prendre le contrôle sur eux avec des antibiotiques.

Chaque année, en Europe, des milliers de personnes meurent à cause de bactéries devenues si résistantes qu’aucun médicament ne peut plus les combattre. Un affaiblissement du système immunitaire après une opération ou un surnombre de germes résistants après une antibiothérapie de longue durée constituent des situations de danger. Aujourd’hui, on ne développe presque plus de nouveaux médicaments, tout simplement parce que cette activité n’est pas assez lucrative pour les laboratoires pharmaceutiques.

Le charme discret de l’intestin / Giulia Enders

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