16 octobre 2016

Fonte du désir

J’observe que je n’ai rien dit sur la fonte de notre désir avec les ans. La question n’est pas tant de savoir depuis quand nous ne faisons plus l’amour (curiosité de magazine) mais comment nos corps s’y sont pris pour passer sans heurt de la copulation perpétuelle à la jouissance de notre seule chaleur. Cette extinction progressive du désir ne semble pas avoir entraîné de frustration, sauf à mettre certains énervements sur le fait que nos sexes ne se parlent plus. Nous faisions l’amour plusieurs fois par jour dans les premiers mois, nous l’avons fait toutes les nuits de notre jeunesse et ainsi pendant au moins deux décennies, comme s’il était inconcevable de nous endormir l’un hors de l’autre, puis moins souvent, puis presque plus, puis plus du tout, mais nos corps demeurant enlacés, mon bras gauche autour de Mona, sa tête au creux de mon épaule, sa jambe au travers des miennes, son bras sur ma poitrine, nos peaux nues dans leur chaleur commune, souffle et sueur mêlés, ce parfum de couple… Notre désir s’est épuisé sous l’odorante protection de notre amour.

Journal d’un corps / Daniel Pennac

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"Un rien m'amène, un rien m'anime. Un rien me mine, un rien m'emmène."

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