Beaucoup […] pensent aussi que l’attirance sexuelle vers les seules femmes est partie intégrante de la virilité, et qu’un homme ne doit avoir de relations sexuelles qu’avec le sexe opposé. Ils y voient non pas un travers culturel, mais une réalité biologique : les relations entre personnes de sexe opposé sont naturelles ; entre deux personnes de même sexe, elles sont contre nature.

En réalité, cependant, Mère Nature se soucie comme d’une guigne que deux hommes soient sexuellement attirés l’un par l’autre. Ce sont les mères humaines, imprégnées d’une culture particulière, qui font une scène si leur fils a une aventure avec le garçon d’à côté. Les crises maternelles ne sont pas un impératif biologique. À commencer par la Grèce ancienne, un nombre significatif de cultures humaines ont jugé les relations homosexuelles non seulement légitimes, mais socialement constructives. […]

Comment distinguer ce qui est biologiquement déterminé de ce que l’on cherche simplement à justifier à travers des mythes biologiques ?

« La biologie permet, la culture interdit » est une bonne règle empirique.

La biologie est disposée à tolérer un très large spectre de possibles. C’est la culture qui oblige les individus à en explorer certains tout en en interdisant d’autres. La biologie permet aux femmes d’avoir des enfants, mais certaines cultures les obligent à réaliser cette possibilité. La biologie permet aux hommes de goûter ensemble aux joies du sexe : certaines cultures leur interdisent d’en profiter.

La culture a tendance à prétendre qu’elle interdit uniquement ce qui est contre nature. Dans une perspective biologique, cependant, rien n’est contre nature. Tout ce qui est possible est aussi naturel, par définition. Un comportement réellement contre nature, qui va contre les lois de la nature, ne saurait tout simplement exister, en sorte qu’il ne nécessiterait aucune interdiction. Aucune culture ne s’est jamais donné la peine d’interdire aux hommes de photosynthétiser, aux femmes de courir plus vite que la vitesse de la lumière ou aux électrons négatifs d’être attirés l’un par l’autre.

En vérité, nos idées de ce qui est « naturel » et « contre nature » ne viennent pas de la biologie, mais de la théologie chrétienne. Théologiquement, est « naturel » ce qui est « en accord avec les intentions du Dieu qui a créé la nature ». Selon les théologiens chrétiens, Dieu a créé le corps humain, entendant que chaque membre et chaque organe servent une fin particulière. Si nous nous servons de nos membres et de nos organes aux fins envisagées par Dieu, c’est une activité naturelle. Les utiliser autrement est contre nature. En revanche, l’évolution n’a pas de dessein. L’évolution des organes n’a pas suivi un dessein, et leur usage est en perpétuel mouvement. Il n’est pas un seul organe du corps humain qui fasse uniquement le travail que faisait son prototype à son apparition, voici des centaines de millions d’années. Les organes évoluent afin de remplir une fonction particulière, mais dès lors qu’ils existent, ils peuvent être aussi adaptés à d’autres usages. La bouche, par exemple, est apparue parce que les tout premiers organismes multicellulaires avaient besoin d’un moyen d’ingurgiter des nutriments. Nous nous servons encore de notre bouche à cette fin, mais aussi pour embrasser, parler […].

Tous ces usages sont-ils contre nature pour la simple raison que, voici 600 millions d’années, nos vermisseaux d’ancêtres ne faisaient rien de tout cela avec leur bouche ?

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

   

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