16 octobre 2016

Le langage des chiffres

Au fil des siècles, les méthodes bureaucratiques de traitement des données devinrent toujours plus différentes des façons naturelles de penser – et toujours plus importantes. Une étape critique se situe avant le IXe siècle de notre ère, avec l’invention d’une nouvelle écriture partielle capable de stocker et de traiter des données mathématiques avec une efficacité sans précédent. Cette écriture partielle se composait de dix signes, représentant les chiffres de 0 à 9.

Chose assez déroutante, ces signes sont connus sous l’appellation de chiffres arabes, alors même qu’ils sont une invention des Hindous (pour ajouter encore à la confusion, les Arabes modernes emploient une série de chiffres qui semblent très différents des chiffres occidentaux).

Mais c’est au crédit des Arabes qu’on en a porté la paternité parce que, quand ils ont envahi l’Inde, ils ont découvert le système, en ont compris l’utilité, l’ont élaboré et l’ont diffusé au Moyen-Orient et en Europe. Divers autres signes sont ensuite venus s’ajouter aux chiffres arabes (ainsi des signes pour l’addition, la soustraction et la multiplication), créant la base de la notation mathématique moderne.

Bien qu’il demeure une écriture partielle, ce système est devenu le langage dominant du monde. Qu’ils parlent arabe, hindi, anglais ou norvégien, la quasi-totalité des États, entreprises, organisations et institutions utilisent l’écriture mathématique pour enregistrer et traiter les données. Toute bribe d’information susceptible d’être traduite en écriture mathématique est stockée, diffusée et traitée à une vitesse et avec une efficacité confondantes.

Qui souhaite influencer les décisions des gouvernements, des organisations et des entreprises doit donc apprendre à parler chiffres. Les experts font même de leur mieux pour traduire en chiffres des idées comme « la pauvreté », « le bonheur » et « l’honnêteté » : ainsi du « seuil de pauvreté », des « niveaux subjectifs de bien-être » et de la « réputation de solvabilité ». Des domaines entiers du savoir, comme la physique et l’engineering, ont déjà perdu quasiment tout contact avec le langage humain parlé et ne connaissent que l’écriture économique.

Plus près de nous, l’écriture mathématique a donné naissance à un système d’écriture encore plus révolutionnaire : une écriture binaire informatisée qui ne consiste qu’en deux signes : 0 et 1. Tous les mots que je tape à cet instant sur mon clavier sont écrits par mon ordinateur avec des combinaisons différentes de 0 et 1.

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

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