17 octobre 2016

Gender gap

Le patriarcat a été la norme dans presque toutes les sociétés agricoles et industrielles. Il s’est révélé assez tenace pour résister aux chambardements politiques, aux révolutions sociales et aux transformations économiques. L’Égypte, par exemple, […] a été soumise au droit pharaonique, au droit grec, au droit romain, au droit islamique, au droit ottoman et au droit britannique, et sa société est toujours demeurée patriarcale.

Le patriarcat est si universel qu’il ne saurait être le produit d’un cercle vicieux né d’un simple hasard. […] Il est probable qu’il […] existe une raison biologique universelle qui explique que la quasi-totalité des cultures aient mis la virilité plus haut que la féminité. Les théories sont nombreuses, mais aucune n’emporte la conviction.

FORCE MUSCULAIRE

Cette insistance sur la force musculaire pose deux problèmes. Primo, l’idée que les « hommes sont plus forts que les femmes » n’est vraie qu’en moyenne, et juste pour certains types de force. Les femmes sont généralement plus résistantes à la faim, à la maladie et à la fatigue que les hommes. […] Secundo, et c’est des plus problématiques pour cette théorie, les femmes ont été tout au long de l’histoire exclues surtout des tâches qui exigent peu d’effort physique (prêtrise, droit, politique) et ont dû assumer de nombreux travaux manuels rudes aux champs, dans les artisanats et à la maison. […]

En vérité, l’histoire fait souvent apparaître une relation inverse entre prouesse physique et pouvoir social. […] Peut-être est-ce un reflet de la position de l’Homo sapiens dans la chaîne alimentaire. Si seules comptaient les capacités physiques brutes, Sapiens se serait trouvé au milieu de l’échelle. Or, ses talents mentaux et sociaux l’ont placé au sommet. Il est donc tout naturel que la chaîne du pouvoir au sein de l’espèce soit déterminée par les facultés mentales et sociales davantage que par la force brute. […]

GÊNES PATRIARCAUX

[Une autre] explication biologique donne moins d’importance à la violence et à la force brute, et suggère qu’au fil de millions d’années d’évolution hommes et femmes ont élaboré des stratégies de survie et de reproduction différentes. Alors que les hommes se disputaient l’occasion d’engrosser les femmes fécondes, les chances de reproduction d’un individu dépendaient avant tout de sa capacité de l’emporter sur les autres hommes. Avec le temps, les gènes masculins transmis aux générations suivantes étaient ceux des hommes les plus ambitieux, agressifs et compétitifs.

En revanche, une femme n’avait aucun problème à trouver un homme prêt à l’engrosser. Mais si elle voulait que ses enfants lui donnent des petits-enfants, elle devait les porter dans son ventre durant neuf mois difficiles, puis les entourer durant de longues années de ses soins. Tout au long de cette période, elle avait moins l’occasion de se procurer des vivres, et elle avait besoin d’une grande aide. Elle avait besoin d’un homme. […] Avec le temps, les gènes féminins transmis aux générations suivantes furent donc ceux des femmes attentionnées et soumises. […]

Des données empiriques semblent cependant démentir cette approche. […] Il est de nombreuses espèces animales, comme les éléphants ou les bonobos, où la dynamique entre femmes dépendantes et mâles compétitifs se solde par une société matriarcale. Puisqu’elles ont besoin d’une aide extérieure, les femmes sont obligées de cultiver leurs talents sociaux et d’apprendre à coopérer et à apaiser. Elles construisent des réseaux sociaux exclusivement féminins aidant chacune à élever ses enfants. Pendant ce temps, les mâles passent leur temps à se battre et à rivaliser. Leurs talents et liens sociaux demeurent sous-développés. […]

Comment se fait-il que, dans la seule espèce dont la réussite dépende avant tout de la coopération, les individus qu’on suppose les moins coopératifs (les hommes) dominent ceux qui passent pour les plus portés à coopérer (les femmes) ? […] Nous n’en savons rien.

Ce que nous savons, cependant, c’est qu’au cours du siècle dernier, les rôles attachés aux genres ont connu une formidable révolution. De nos jours, de plus en plus de sociétés assurent aux hommes et aux femmes une égalité devant la loi, ainsi que l’égalité des droits politiques et des opportunités économiques. […] Bien que le gender gap, le fossé entre genres, demeure significatif, les choses ont évolué à une vitesse époustouflante.

Sapiens, une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

À propos de FloFlo

"Un rien m'amène, un rien m'anime. Un rien me mine, un rien m'emmène."

Derniers Articles par FloFlo

CATÉGORIE

Anthropologie, Histoire des hommes

Étiquettes

, , ,