6 janvier 2017

Complainte amoureuse

Oui, dès l’instant ou je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ, vous vous aperçûtes.
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis ?
De quelle cruauté vous fûtes ?
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain, je priai, je gémis,
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis ;
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes,
De sang-froid, voir ce que je mis.
Ah ! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez.
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous ne désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m’assassinassiez.

Alphonse Allais

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"Un rien m'amène, un rien m'anime. Un rien me mine, un rien m'emmène."

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