Hurler

HURLER

Un dictionnaire classique nous expliquera que crier, c’est parler très fort ; et hurler c’est crier très fort.

On est bien avancés.

En vérité, la différence entre crier et hurler n’est pas dans le niveau sonore, ni même d’ailleurs dans le degré d’émotion qui nous amène à opter pour l’un ou l’autre.

On peut tout à fait par exemple, face à n’importe quel sentiment violent, préférer hurler bas, dans sa tête. On peut même, si on est un loup (ce qui arrive plus souvent qu’on ne le croit), hurler tranquillement le bout de gras. Chez l’animal, en effet, le hurlement n’est pas un cri mais un langage ; une façon naturelle de discuter. On peut donc, là encore, choisir de hurler fort ou de hurler bas.

Non décidément, la différence entre le cri et le hurlement n’est pas le son, mais l’action.

Quand on hurle, si ce n’est pas parce qu’on est terrorisé, on fait quelque chose. Hurler, c’est performatif. C’est un cri qui fait quelque chose en même temps qu’il s’échappe.

On revendique une appartenance. On s’identifie.

On expulse une peur, un bonheur qui nous assaille.

On déclare l’amour ou la guerre.

Quand je dis je mange, en vrai je ne mange pas, ou alors la bouche pleine et en articulant très mal. Manger n’est pas un verbe performatif.

Quand je dis je jure, je le dis et j’engage mon honneur pour de vrai. Je ne peux pas jurer sans dire je jure. Jurer est un verbe performatif.

Quand je hurle, je n’ai besoin d’aucun verbe, performatif ou pas, pour performer.

Je hurle donc je fais. Je dis ce que je fais sans parler, et je parle ce que je fais sans rien dire !

Reste, il est vrai, que le bon usage du hurlement n’est pas respecté par tous, certains préférant hurler à tort et à travers. Ceux-là exagèrent le ton par habitude, sans raison aucune. Autrement dit, ils hurlent sans rien faire, si ce n’est perforer les tympans du voisin.

On les appelle des hurleurs.

Puis il y a ceux qui n’exagèrent pas le niveau sonore, mais leur façon d’être. Ceux-là agissent à tort et à travers, sans raison aucune, si ce n’est, encore, le confort d’une habitude.

On les appelle des hurluberlus.

Dans les cas les plus extrêmes, l’hurluberlu voit les choses de travers.

On dit alors que l’hurluberlu a la berlue.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :