29 janvier 2017

Hurler

Un dictionnaire classique nous expliquera que crier, c’est parler très fort ; et hurler c’est crier très fort.

On est bien avancés.

En vérité, la différence entre crier et hurler n’est pas dans le niveau sonore, ni même d’ailleurs dans le niveau d’émotion qui nous amène à opter pour l’un ou l’autre.

On peut tout à fait par exemple, face à n’importe quel sentiment violent, préférer hurler très bas, dans sa tête. On peut même, si on est un loup (ce qui arrive plus souvent qu’on ne le croit), hurler tranquillement le bout de gras. Chez l’animal, le hurlement n’est en effet pas un cri mais un langage ; une façon naturelle de discuter. On peut donc, là encore, choisir de hurler fort ou de hurler bas.

Non décidément, la différence entre le cri et le hurlement n’est pas le son, mais l’action.

Quand on hurle, si ce n’est pas parce qu’on est terrorisé, on fait quelque chose.

On revendique une appartenance. On émet une volonté, un désaccord.

On déclare l’amour ou la guerre.

Hurler, en vérité, c’est performatif. C’est un cri qui fait quelque chose en même temps qu’il s’échappe.

Quand je dis je mange, en vrai je ne mange pas, ou alors la bouche pleine et en articulant très mal. Manger n’est donc pas un verbe performatif.

Quand je dis je jure, je le dis et j’engage mon honneur pour de vrai. Jurer est donc un verbe performatif.

Quand je hurle, je n’ai besoin d’aucun verbe, performatif ou pas, pour performer.

« Je hurle donc je fais. »

Bien sûr, ce bon usage du hurlement n’empêche pas certains de hurler à tort et à travers. Ceux-là exagèrent le ton par habitude, sans raison aucune. Autrement dit, ils hurlent sans rien faire, si ce n’est perforer les tympans du voisin.

On les appelle des hurleurs.

Puis il y a ceux qui n’exagèrent pas le niveau sonore, mais leur façon d’être. Ceux-là agissent à tort et à travers, sans raison aucune, si ce n’est, encore, le confort d’une habitude.

On les appelle des hurluberlus.

Dans les cas les plus extrêmes, l’hurluberlu voit les choses de travers.

On dit que l’hurluberlu a la berlue.

 

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